| | | Agitation des marchés procéduraux | Sam 19 Jan - 18:43 par Agora des Parents | Attaqués sur le marché du droit, les avocats sont en quête d'identité
Eric Woerth, ministre du Budget, des Comptes Publics et de la Fonction Publique, a déposé en décembre dernier, en qualité de rapporteur général du Conseil de modernisation des politiques publiques, 96 propositions, dont certaines pourraient modifier fondamentalement l'Etat français. Les critiques sont nombreuses...
Si les propositions d'Eric Woerth sont nouvelles et variées, puisqu'elles vont de la déjudiciarisation du divorce par consentement mutuel jusqu'à la prise en compte de la performance pour fixer la rémunération des fonctionnaires, l'objectif essentiel reste le développement de l'efficacité de l'Etat et, selon le ministre concerné "la réduction de la paperasserie".
Attaqués sur le marché du droit, les avocats sont en quête d'identité
Journal économique Les Echos 18/01/08
Valérie de Senneville
Panique chez les avocats : après les experts-comptables et la guerre du périmètre du droit, voilà les notaires et le divorce. La chancellerie installe aujourd'hui la commission présidée par Serge Guinchard. Elle devra réfléchir à une nouvelle répartition des contentieux avec, en particulier, l'éventuelle possibilité de divorcer par consentement mutuel devant un notaire. Pour les avocats, qui se sentent attaqués dans leur identité... et dans leurs revenus, c'est la goutte d'eau de trop. Devenus inaudibles sur les libertés publiques, ils ont de plus en plus de difficultés, parallèlement, à préserver leurs parts de marché. Mais surtout, cette nouvelle crise met en lumière, dans la douleur, la quête d'image d'une profession en mal de reconnaissance.
Cela fait en effet bientôt vingt ans que les avocats se cherchent sans se trouver. En absorbant les conseils juridiques au début des années 1990, la profession a explosé, changé d'image, de style et de stratégie de développement. Cette grande profession du droit faisant coexister « avocats-conseil » et « avocats-plaidant » leur a permis de conquérir de nouveaux marchés et notamment de rentrer dans le secteur du conseil, très lucratif, aux entreprises. Mais habitués à travailler sur une chasse gardée, ils ont eu du mal à se couler dans le jeu de la concurrence.
Deux visions stratégiques
Au milieu des années 1990, les avocats vont par ailleurs s'opposer aux experts-comptables sur le périmètre du droit : le conseil juridique doit être exclusivement donné par les avocats, disent-ils. Personne ne sortira réellement vainqueur ou vaincu de la bataille. Mais cette guerre stoppera net la stratégie d'une « grande profession du droit ». Echaudée par la fusion avec les conseils, sur un marché du conseil aux entreprises toujours plus concurrentiel, une partie des avocats refuse de continuer à absorber d'autres professions. Les juristes d'entreprise et les conseils en propriété industrielle attendent toujours aux portes des barreaux. Les organisations professionnelles - Conseil national des barreaux, Conférence des bâtonniers, Barreau de Paris - peinent à imposer leurs décisions quand déjà elles arrivent à parler d'une seule voix, ce qui est rare. Alors aujourd'hui, ce sont deux visions stratégiques qui s'affrontent, celle d'un barreau « à l'américaine » englobant les juristes « au sens large » dans une profession puissante, et celle d'un barreau « à l'anglaise », replié sur un monopole fut-il réduit. En hésitant perpétuellement depuis dix ans entre ces deux options, les avocats s'épuisent et laissent le champ libre à d'autres professions qui ont su, à temps, se remettre en cause.
Baisse de la part du judiciaire
Du coup, les avocats donnent à voir une profession écartelée entre une base en colère, repliée sur elle-même et qui voit son marché se réduire comme peau de chagrin et, de l'autre côté, de gros cabinets d'affaires urbains qui gagnent très bien leur vie. A Paris - où sont concentrés les plus grands cabinets d'affaires -, le revenu moyen des avocats est de 87.899 euros, supérieur de 61 % à celui des avocats « de province », à 54.764 euros. Ils n'ont ni les mêmes revenus, ni la même vision de leur métier. Pendant que l'avocat doit se battre pour étendre son activité de conseil aux entreprises, la part du judiciaire se paupérise. C'est sans doute pour cela que l'annonce d'un divorce possible devant un notaire fait autant de mal à la profession. Le judiciaire, c'est leur dernier monopole. Alors, lundi la profession présente ses voeux : que faut-il lui souhaiter ?
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